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Un parcours incroyable Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Champi Horrifique   
23-10-2006

Merci à Champi Horrifique du forum qui a traduit intégralement l'interview qu'avait donné Agassi à Inside Tennis : An Amazing Ride, où Andre revient sur sa carrière : 

 

Andre Agassi

INSIDE TENNIS : Alors que ressentez-vous au moment de dire au revoir ?
ANDRE AGASSI: Bien, j’attends cet été avec impatience. Je me sens plus en paix avec ma décision avec les jours qui passent. Mais évidemment il y a une certaine tristesse, des sentiments doux-amers. Quelque part vous souhaitez que ça dure pour toujours mais au fond vous savez que c’est impossible.
IT : Il y a, sans nul doute, aucun athlète qui ait changé aussi sensiblement avec l’âge. Maintenant que tout est dit et fait, quelles sont les 2 ou 3 clés d’une transformation, de votre changement ? Est-ce du fait d’être à l’écoute de vous-même ? De faire face à vos peurs ? Est-ce la volonté de changer ?
AA : Pour moi cela a toujours été du fait d’un processus – le parcours pas la destination. Que ce soit de comprendre mon tennis ou autre chose, cela tourne autour de la réalité quotidienne et du fait d’apprécier que la vie se déroule comme on le souhaite. C’est là que je trouve mon bonheur.
IT : Vous avez dit que le tennis est un grand professeur. Vous apprend-il la patience, la discipline, la volonté d’aller plus loin ?
AA : Vous êtes là, seul, et vous devez trouver un moyen de sortir le meilleur de vous-même quelque soit votre niveau. Des fois vous êtes à 100% et vous êtes à votre meilleur niveau. D’autres jours ce n’est pas le cas mais vous devez réaliser que sortir 100% dans un jour à 80% c’est un bel accomplissement. Il faut toujours trouver un moyen de sortir le meilleur de vous-même. Cela demande de la discipline, de savoir résoudre des problèmes, de la persévérance et de la patience.
IT : Est-ce que votre meilleure victoire est cette finale de Roland Garros en 1999 quand vous étiez mené 2 sets à 0 contre Andreï Medvedev ?
AA : Oui c’est sûr car j’étais paralysé. J’étais nerveux. De voir comment j’ai commencé et la manière dont j’ai fini c’est le meilleur exemple de résolution de problème parce que je me battais contre moi-même au début. Puis, une fois que je me suis détendu, je devais faire face à lui [Medvedev] et remonter 2 sets.
IT : Cette victoire était encore plus importante que votre première en grand chelem – Wimbledon 92 – après 7 ans de résultats sans grand intérêt dans ces tournois majeurs.
AA : Il y avait tellement plus en jeu vu où j’en étais personnellement à cette époque avec des difficultés dans ma vie [divorce d’avec Brooke Shields]. En plus la terre battue n’a jamais été ma surface de prédilection. C’était le dernier des quatre grands chelems que j’ai gagné. C’était la pression et tout ce qu’il y avait en jeu pour moi personnellement et professionnellement qui ont fait ressortir le pire et le meilleur de moi-même en un seul match.
IT : En tant qu’ado vous étiez très fougueux. Que pensez-vous que le jeune adolescent penserait d’André Agassi le père de famille, proche de sa communauté, l’homme réfléchit qui parle avec sagesse ?
AA : Toutes ces qualités étaient dans l’adolescent donc j’espère qu’il se reconnaîtrait en grande partie. Je ne suis pas sûr que ce soit encore le cas mais je me suis toujours intéressé à plein de choses. Je n’ai juste jamais su comment communiquer, jamais compris ou vraiment accepter être responsable de moi-même et cela vient avec la maturité. Je ne sais pas si l’un de nous se reconnaîtrait quand il avait 17 ou 18 ans.
IT : Je suis sûr que non en ce qui me concerne. Quand, selon vous, avez-vous appris les qualités de faire face à ses responsabilités ? Quand vous prenez la responsabilité de vos dires et de vos actes ?

Andre Agassi, Steffi Graf, Wendie Stewart, Barbra Streisand, Brooke Shields  

AA : ce fut une difficile évolution. J’ai toujours eu le désir de faire face à la vérité. J’ai juste évolué beaucoup plus que mon petit monde.
IT : Toujours le désir de faire face à la vérité ? Que dire du fait de faire face à la vérité ce printemps quand vous vous battiez avec votre corps et saviez que la fin était proche ?
AA : Cette année a été la partie la plus dure du parcours. La décision de s’arrêter ne fut pas si difficile ou si affective que ne l’avais pressenti. Mais le cheminement pour en arriver là a été pénible et frustrant. C’est si simple de se poser des questions à 36 ans, d’avoir un second avis, de ne pas être sûr. En même temps vous entraînez beaucoup de monde avec vous, votre famille, vos coaches et des années de dur labeur si bien que vous ne voulez pas sortir et vous sentir normal. Donc c’était une vraie lutte cette année. Manquer l’open d’Australie avec en plus ce rythme de 2jours bons/2jours mauvais que j’ai eu pendant des mois. Mais le temps d’arrêt et l’impasse sur la saison de terre battue m’ont permis de la prendre à bras le corps. J’ai fait en sorte de tenir le plus longtemps que j’ai pu. J’ai tenu grâce à plus d’injections après Wimbledon et il est devenu clair de voir comment je voulais que les choses se passent à partir de là.
IT : Alors vous êtes heureux ?
AA : Oh oui bien sûr. Il y eu quelque moments difficiles. Je ne pense pas qu’il y ait de grands moments dramatiques dans ce parcours à part l’émotion de se sentir connecté avec tout un tas de gens auxquels je ne serai plus si proche. C’est pour ça que c’est bien d’habiter à Vegas. Ca donne une raison aux gens de dire « J’irai à Vegas. Hey André est là-bas. » Ils passeront dire bonjour.
Les moments après l’US Open et en ce début d’année ont été très difficiles pour moi. Je me suis déchiré les ligaments de ma cheville et n’ai pas pu jouer, bouger ou m’entraîner comme je le souhaitais… J’ai pris du retard. La lutte pour continuer à être compétitif cette année fut assez frustrante. J’étais au supplice car vous n’aimez jamais être ordinaire. Vous n’y êtes pas habitué. Vous n’êtes pas à l’aise. Mais je ne regrette aucune décision que j’ai prise. Je sais que c’est le bon moment pour moi. C’est juste qu’il y a trop de chose à faire ailleurs.
IT : Vous avez dit que quand vous agissiez par instinct vous nous vous faisiez pas confiance. Pourquoi ça ? Pensez-vous que vous n’avez pas eus une chance dans votre vie en tant que jeune garçon puis partir de la Bolletieri Academy et vous trouver sur le circuit, de faire avec votre instinct ?
AA : je suis le genre de mec à ressentir quelque chose puis à devoir le comprendre immédiatement. Je ne suis pas une personne qui pense à quelque chose puis le met en pratique et fini par s’y sentir connecté. Je suis très réactif. Mon cœur prend le dessus sur ma tête dans bien des cas. L’expérience m’a appris que je ne peux pas toujours me fier à ce que je ressens. C’est une des choses que j’aime et que je déteste chez moi. Ca a ces bons côtés comme ces mauvais. Il y a eu pas mal de dures leçons mais ce fut très enrichissant.
IT : Et il y a votre intérêt pour l’ordre sur le court. Le ramasseur de balles doit se trouver exactement là, les balles doivent impérativement se trouver ici etc. Est-ce parce que vous souhaiter que votre monde soit rangé, prêt comme vous l’entendez pour que vous puissiez y aller et jouer ou…
AA : Etrangement dans bien des cas je suis très sensible à ce qui m’entoure et d’autre fois j’en suis indifférent. Quand cela concerne les paramètres sur un court de tennis j’ai tellement conscience de la place des gens autour que je fais tout pour rester concentré.
IT : Je veux parler des générations. L’histoire de votre famille est tout simplement incroyable. Votre arrière grand-père qui vient d’Arménie pour fabriquer des meubles, votre grand-père qui part de Russie à pied à travers les montagnes avec un singe pour aller à Téhéran et votre père, lui, quitte Téhéran pour se retrouver à Chicago avec juste quelques dollars en poche. Puis vous percer et maintenant vous avez cette famille incroyable.
AA : J’entends ces histoires comme vous. Je connais l’histoire de mon père mais pour moi ce sont juste des histoires qu’on raconte. Je suis soufflé quand je les entends. Mais ce qui me touche c’est comment était sa vie en Amérique. Là je suis fasciné. J’ai 2 enfants là et mes parents en avaient 2 et un chien quand ils ont pris la voiture pour aller vers l’ouest et trouver un endroit où mon père pouvait jouer au tennis 12 mois de l’année sans savoir si ça allait marcher. Alors il s’est établit dans une ville en plein désert du nom de Vegas et s’est occupé de 2 courts au Tropicana pour donner des leçons sur l’un et avoir ses enfants jouer sur l’autre. Il a eu 2 travails durant la majeure partie de sa vie pour pouvoir élever 4 enfants. Ca m’émerveille. Je sais ce que ça demande déjà d’élever ceux que nous avons avec autant de ressources.
IT : Vous semblez être en paix avec votre père. Un homme qui vous a posé des problèmes.
AA : on a eu nos moments difficiles. De vivre sa passion fut pour moi à l’origine de confusions et de conflits. En même temps, avec l’âge, j’ai réalisé à quel point il était sincère vis-à-vis de ses passions.
IT : Quel sens de la détermination et de l’éthique.
AA : Oui il est déterminé. Il travaille toujours tous les jours. Ce type à une fureur de vivre que j’admire.
IT : Si vous aviez de nouveau le choix, iriez vous à la Bolletieri Academy ou peut-être l’éviteriez-vous ?
AA : Ma vie allait m’apporter son lot d’épreuves et de tribulations quelque soit la route que j’aurais prise. Non il fallait que j’y aille pour avoir cette carrière et le tennis fut un super compagnon. Ca été une belle relation. J’ai beaucoup appris et mûrit et ça a porté ses fruits. Cela a été 20 ans d’apprentissage pour l’avenir. J’ai énormément appris pour être aujourd’hui prêt pour le reste de ma vie. Heureusement, avec la volonté de Dieu, ma vie sera encore meilleure que 20 ans passés sur le circuit.
IT : Tout le monde fait des erreurs dans la vie. Vous les avez juste fait en public. Si les Dieux pouvaient réécrire l’histoire et vous disaient : « hey tu peux changer une de tes décisions » que ce soit celle de faire l’impasse sur Wimbledon et l’Open d’Australie, de gagner ce fameux échange de 22 coups de raquettes contre Sampras [en finale de l’US Open 95] ou d’annuler cette campagne de pub « l’image est tout » que choisiriez-vous ?
AA : Si je pouvais éviter ces erreurs tout en gardant les leçons apprises alors je les annulerais toutes. Mais si je dois abandonner ce qu’elles m’ont appris alors c’est impossible. Ce fut difficile mais ça valait le coup. Si je pouvais garder toutes les leçons retenues de ces erreurs alors je réécrirais tous les moments où je n’ai pas fait ressentir quelque chose à quelqu’un autant qu’il le méritait.
IT : Et l’animateur George Lopez a dit : « ce type est passé se ‘l’image est tout’ à l’humanité est tout’ ».
AA : Cela en dit long. Ca représente beaucoup pour moi d’entendre ça.
IT ; Votre préparateur physique et ami Gil Reyes a dit que le caractère d’aucun athlète ne pouvait être vraiment jugé au moment de sa retraite mais plutôt dans une dizaine d’années après quand on peut voir ce qu’il a donné en échange. Comment voyez vous le futur ?
AA : le fait de donner en échange est quelque chose que j’estime depuis que je suis un adolescent. Quelque chose que je me suis engager à faire dés mes 15 ans.
La question était comment et quand. Je ne savais pas quel succès et quelles ressources j’aurais. Mais je savais que c’était important. Pour moi ça commence et se termine avec des enfants. C’est une responsabilité qui nous tombe tous dessus. Ils représentent l’avenir dons j’ai crée ma fondation il y a 13 ans. Aujourd’hui j’ai le rêve que mon école devienne un modèle de l’éducation telle qu’elle pourrait être dans notre pays. Notre académie rattrape en une année deux ans d’éducation de retard et nous les amenons à un niveau supérieur durant l’année. Nous sommes nationalement reconnus pour nos réussites. Donc nous ne donnons pas simplement de l’argent pour résoudre un problème ; Nous prouvons qu’on peut changer la vie d’un enfant en leur apprenant qu’on n’improvise pas une culture.
Mon rêve serait de rallier des points et de faire une sorte de carte routière sur la façon dont ceci peut être dupliqué partout dans le pays. Ca me rendrait heureux.
IT : Vous avez aussi beaucoup entendu parler de prestige à Wimbledon. Cet évènement est tellement plus qu’un tournoi de tennis. Il y a aussi la tradition, la culture, la manière de traiter les gens. Qu’avez-vous appris en allant à Wimbledon ?
AA : C’est le lieu qui m’a appris à respecter le sport, d’apprécier l’opportunité et le privilège de gagner sa vie en pratiquant du sport. Les gens travaillent 5 jours par semaine pour jouer le week-end. Nous devons l’appeler un travail. J’ai appris à Wimbledon – l’avoir manqué quelques années, revenir, être adulé, voir le respect pour le tennis et pour les compétiteurs, l’appréciation. Les fans sont là qu’il pleut ou qu’il fasse beau. Ils s’assoient sous des conditions difficiles juste pour voir quelques minutes de jeu. Qu’ils fassent la queue dehors ou qu’ils prennent place avec leur parapluie, c’est par amour.
C’est ce qui différencie Wimbledon des autres évènements.
IT : Y a-t-il plus touchant en sport que de voir cette queue incroyable qui s’étend sur des kilomètres pendant 36 heures ou plus ?
AA : Non. C’est salutaire d’être conduit là-bas et de voir tous ces gens installés là depuis des jours pour – espèrent-ils – entrer et voir un peu de tennis. Encore plus sur les courts annexes. Ca vous fait apprécier ce que vous avez.
IT : Et l’US Open et tout son folklore ?
AA : New York m’a appris à devenir un meilleur joueur et une meilleure personne. C’est l’environnement le plus compliqué dans notre sport. C’est un challenge d’être moi-même. En conséquence j’ai évolué sur des choses auxquelles je n’aurais pas été sensible autrement. En échange ils sont devenus mes plus grands supporters. Ca veut tout dire pour moi.
IT : Ca doit être quelque chose que de sortir du central Arthur Ashe plein le soir et sentir que 44 000 yeux vous observent.
AA : Oh oui ! J’ai eu plusieurs expériences mais je peux presque garantir qu’ils ne seront pas aussi incroyables que ceux à venir.
IT : Comment estimez-vous vos US Open 94 et 99 ? Ce sont vos 2 victoires et puis il y a eu votre fabuleux parcours l’année dernière.
AA : Beaucoup de haut et de bas. J’ai eu de véritables déceptions là-bas [4 défaites contre Sampras], de grandes victoires, des matchs inoubliables qui le reste, la sensation de jouer la nuit.
IT : Un ou deux matchs qui sortent du lot ?
AA : Bien, l’an dernier contre Blake [en quart de finale]. Il n’existe rien de semblable à ce que j’ai ressenti cette nuit là. Jouer Connors en nuit quand j’étais adolescent.
IT : Plus tous vos matchs contre Sampras.

Andre Agassi

AA : C’était incroyable d’avoir cette rivalité. Il m’a apporté des choses auxquelles j’aspirais pas mal de fois. Il m’a fait comprendre ce que je voulais être. Et d’autre fois il m’a appris ce que je ne voulais pas devenir. Cette rivalité a existée sur plusieurs niveaux. La façon dont on jouait, la façon dont nous avons vécu notre sport… Si nous nous réveillions l’un chacun dans la peau de l’autre, on vivrait un cauchemar.
IT : Il ne voudrait simplement pas…
AA : Aucun aspect de ma vie ni moi les siennes. C’était comme ça - que nous allions jouer le dimanche ou pas. Nous étions juste totalement opposés ce qui s’est prêté à une rivalité encore plus spéciale.
IT : Il a eu une fameuse phrase : « Tout ce que je voudrais de sa vie c’est son avion. » Que voudriez-vous de lui ?
AA : Son service.
IT : Pete et Federer sont probablement les deux meilleurs joueurs que vous ayez rencontré. S’ils étaient à la bagarre en plein milieu du dernier set à l’US Open qui gagnerait ?
AA : C’est un privilège de les avoir rencontré tous les deux. C’est un plaisir de regarder Roger quand vous êtes au beau milieu du combat ce qui en dit long sur ce qu’il est capable de faire sur un court car vous ne pensez pas à donner du mérite inutile à quelqu’un quand vous jouer contre lui. Mais ce que Roger fait sur un court, je ne l’ai jamais vu avant.
IT : André, faisons un rapide panorama des différents coups et dites-moi ceux qui ont été les plus coriaces selon vous. Le coup droit de Federer…
AA : C’est sans doute le meilleur de l’histoire.
IT : Le service de Sampras ?
AA : Il y en a d’autres qui ont un meilleur service mais il défendait le sien exceptionnellement bien et ça fait une différence. Quand vous parlez d’un bon service et d’un service tenu, vous parlez de 2 choses différentes. Wayne Arthurs a l’un des plus beau service jamais vu. Si vous aviez le service de Pete et Wayne Arthurs, ce serait bien plus difficile.
IT : Le meilleur revers : Connors, Kuerten ou…
AA : La première personne qui vient à l’esprit en terme de finition ample et de ce qu’il est capable de faire avec son revers c’est Safin. Ce type peut frapper une balle, vous faire très mal en retour et sur les balles en bout de course. Et le revers de Nalbandian est l’un des plus stable que j’ai pu voir à deux mains. En ce qui concerne les revers à une main celui de Guga a été l’un des plus beau avec celui de Tommy Haas.
IT : Et la volée ? Edberg ?
AA : Juste les fondamentaux en volée ? Oui Edberg. Celui qui fait sentir qu’il ne raterait pas la moindre volée. Mais vous avez aussi un gars comme Rafter qui était un véritable athlète. La façon dont il pouvait couvrir son filet représentait un tout autre problème.
IT : Et la vitesse ? Il y avait Chang, maintenant c’est Nadal ou Hewitt.
AA : Non. Non Hewitt n’est pas dans la même catégorie que Nadal quand on parle de vitesse. Je mettrais Nadal au-dessus. Vous pouvez avancer Federer et ou Bjorn Phau. Ca peut vous sembler surprenant mais il est rapide.
IT : Solidité mental. Connors, McEnroe ou…
AA : Vous donnez de la valeur à ceux qui l’ont fait pendant des années mais je n’ai jamais vu quelqu’un jouer tous les points avec autant de sérieux que Nadal. Il joue tous les points comme s’il devait à tous prix les gagner. Il ne se formalise pas sur ce que ça lui coûtera. Je l’ai vu être mené 6-0 3-0 contre Roddick lors d’un US Open et gagner un point, serrer le point et en vouloir.
IT : Peu d’autres on vu un tel changement dans le tennis. Quels ajustements avez-vous dû faire depuis la période des Connors, McEnroe, Lendl ?
AA : La dimension physique a évolué avec le temps. Connors faisait 1, 73 m. Maintenant les gars font souvent 1,85m ou plus. Il est rare que vous jouiez contre un jouer plus petit que ça. Le physique a changé radicalement. Comparez Nadal à 20 ans à moi au même âge. C’est un sport qui a commencé à comprendre que plus vous êtes fort, plus vous êtes physique et plus vous êtes compétent en tant qu’athlète. J’ai eu conscience de ça avant les autres, acquérir de la force et travailler la base qui fut le ciment de mon jeu. En conséquence, je servais plus fort et j’étais capable de tenir le rythme quand il devenait plus rapide, je pouvais réduire mes préparations. Je frappais la balle plus intelligemment. Je devais devenir plus agressif.
C’était quand je pouvais balader les adversaires jusqu’à ce qu’il craque mais les gars sont trop solide maintenant. C’est un sport différent que par le passé.
IT : Alors comment le André d’aujourd’hui affronterait le André de 20 ans ? Serait-ce un match rapide ?
AA : J’aimerais le croire mais si je ne peux pas pivoter ou bondir vers l’avant ou si j’ai le genre de blessures que j’ai eu ces dernières années et que je suis dans un mauvais jour, ce serait un calvaire pour André quelque soit celui dont vous parlez. Ca dépend des jours. Ca a toujours été un peu comme ça pour moi mais je veux croire que je me suis amélioré avec les années. Cette année est une exception. Je n’ai pas été à mon meilleur c’est sûr.
IT : Dans des années quand les enfants de Jaden viendront vous voir pour vous demander : « Hey Papy en quoi as-tu le plus contribuer au tennis ? » Qu’est-ce que vous…
AA : Quand je suis apparu sur le circuit j’étais le seul à frapper aussi fort des deux côtés, à prendre la balle si tôt et lui donner une bonne trajectoire quand j’étais en bonne position. J’aimerais sentir que j’ai pris part à cette évolution du jeu, que j’ai aidé ce sport et que les joueurs sont meilleurs.
IT : Changeons de sujet et parlons du tennis féminin. Quand vous voyez le jeu de Stefanie…C’est encore difficile pour moi de l’appeler Stefanie…
AA : Oui c’est sûr…Vous n’êtes pas obligé de le faire. Sa mère l’appelle Steffi.
IT : Ok. Steffi avait tellement d’armes. Voyez-vous quelqu’un sur le circuit qui pourrait la battre largement ?
AA : Un sport passe par des périodes de changements, où les athlètes deviennent plus forts et meilleurs. Je n’ai pas forcément vu ça dans le tennis féminin ces 7 dernières années. Les sœurs Williams avaient une véritable opportunité d’élever l’aspect athlétique et le niveau de jeu mais il semble que tout le monde ait été en proie aux blessures. De plus Stef a un jeu qui, même aujourd’hui est difficile à contrer. Son revers était un slice très bas et elle avait ce terrible coup droit et elle se déplaçait très bien.
IT : Un service sous-estimé, compétitrice coriace.
AA : Oui elle se déplaçait vraiment très bien. C’est la clef. Vous deviez parvenir à la coincer sur con revers, c’est tout ce que vous pouviez espérer.
IT : Vous avez eu des relations et des mariages exceptionnels avec des femmes incroyables : évidemment Barbra Streisand, Brooke Shields et Steffi. Vous avez connus quelques unes des femmes les plus fascinantes.
AA : Pas que des femmes des personnes. Barbra est une des personnalités les plus fascinantes que j’ai rencontré.
IT : A cause de son intensité, son intelligence ?
AA : Vous parlez de quelqu’un qui recherche la perfection, qui porte en elle une lumière plus vive que les autres. C’est admirable à plus d’un titre mais c’est aussi un fardeau. Ce sont les choses les plus simples de la vie pourtant. Ce n’est pas la façon dont vous pensez mais comment vous choisissez de vivre. Des fois les moments les plus importants naissent des actes les plus simples. C’est ce qu’il y a de beau dans ma vie actuellement. Je vis avec ça tous les jours. Je suis avec quelqu’un dont la façon dont elle choisit de vivre chaque moment en dit long sur elle. C’est une très belle chose.
IT : Vous avez plaisanté en disant que vous ressentiez de la pression qu’en coupant les ongles de votre fille. La folie d’un court central ou un jeu décisif dans une dernière manche ?
AA : C’est une des plus grande pression quand votre enfant essai de recracher un morceau de fruit qu’il n’a pas bien mâché. Sortir ce morceau de leur bouche est la plus grande pression que j’ai jamais ressenti.
IT : Donc pour finir, cette carrière de jouer de tennis qu’a été la vôtre, fut un exceptionnel parcours ?
AA : Ce fut un exceptionnel, incroyable parcours.

Andre Agassi

 

 

Dernière mise à jour : ( 23-10-2006 )
 
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